Appellation
Apremont
Apremont est la dénomination la plus connue de Savoie, plantée sur les éboulis du mont Granier. Le sol y explique presque tout : un blanc tendu, sec, qui ne cherche pas à séduire au nez.
Apremont est une dénomination géographique de l'AOC Vin de Savoie, reconnue avec elle en 1973. Elle ne produit que du blanc, issu de jacquère, sur les communes d'Apremont, de Porte-de-Savoie et de Saint-Baldoph.
Une catastrophe géologique comme terroir
Dans la nuit du 24 novembre 1248, un pan entier du mont Granier s'effondre et recouvre la plaine sur plusieurs kilomètres. L'éboulement laisse un cône de blocs calcaires d'environ 23 km², qui porte aujourd'hui les vignes d'Apremont et des Abymes.
Ce sol n'a rien d'une terre agricole ordinaire : caillouteux jusqu'en profondeur, il draine immédiatement, se réchauffe vite en surface et retient très peu d'eau. La vigne y souffre les années sèches et s'y comporte remarquablement les autres.
Ce que ça donne dans le verre
Le vin est pâle, discret au nez — fleurs blanches, amande fraîche, parfois une note minérale que l'on rapproche du silex. La bouche est droite : attaque franche, peu de gras, finale sèche et saline.
Le degré dépasse rarement 12 % vol. Cette légèreté n'est pas un manque de maturité mais la signature du cépage sur ce terroir.
Apremont ou Abymes
Les deux dénominations partagent le même cône d'éboulis et le même cépage. La distinction tient à l'exposition et à la position sur le cône : Apremont est généralement décrit comme le plus fin et le plus tendu, Les Abymes comme un peu plus rond.
L'écart est réel mais moins large que ne le suggèrent les descriptions commerciales. Sur deux bouteilles du même producteur et du même millésime, il se joue sur des nuances.
Une garde courte, mais pas nulle
L'Apremont se boit dans les deux ans, c'est l'usage. Les cuvées à rendement maîtrisé tiennent pourtant trois à quatre ans, en perdant leur exubérance florale au profit d'un registre plus sec et plus minéral.
Passé ce cap, l'acidité reste mais le fruit s'efface. Ce n'est pas un blanc de garde et il ne prétend pas l'être.
À table
L'accord régional est solide et il n'a rien d'un cliché : fondue, raclette, tartiflette, fromages de Savoie. La tension du vin coupe le gras, et son alcool modéré évite l'effet d'écrasement qu'un blanc plus ample produirait.
Hors de la région, il fonctionne sur les poissons de lac, les fritures et les fromages de chèvre frais.
Servez-le entre 9 et 11 °C. Plus froid, il n'exprime plus que son acidité.
Un cru ancien, une reconnaissance récente
La vigne est attestée sur ces pentes bien avant l'éboulement de 1248 ; c'est le cône d'éboulis qui a redistribué les parcelles, pas qui les a créées. Le nom d'Apremont, lui, ne s'impose comme référence commerciale qu'au XXᵉ siècle.
La reconnaissance officielle intervient en 1973, avec celle de l'AOC Vin de Savoie, dont Apremont devient l'une des seize dénominations géographiques.
Comment choisir une bouteille
Le rendement est le premier facteur de qualité sur ce cru. À rendement élevé, la jacquère donne un vin correct mais court ; à rendement contenu, elle gagne en longueur sans rien perdre de sa tension.
Cette information ne figure pas sur l'étiquette. Deux indices indirects : le prix, qui reflète en partie le rendement, et le producteur, dont la réputation se construit précisément là-dessus.
Le millésime compte aussi. Dans une année fraîche, l'Apremont peut être franchement acide ; dans une année chaude, il perd un peu de sa tension au profit du fruit.
Le piège du « vin de vacances »
Apremont est le vin que l'on rapporte des sports d'hiver, et cette association lui a coûté cher. Beaucoup de bouteilles vendues en station relèvent de l'appellation régionale et non du cru, et sont choisies pour leur prix.
Le cru mérite mieux que le souvenir qu'en gardent ceux qui l'ont découvert ainsi. Une bouteille de producteur, prise chez un caviste, n'a pas grand-chose à voir avec celle d'une carte de restaurant d'altitude.