Vins des Allobroges

Appellation

Les Abymes

Les Abymes partagent avec Apremont le cône d'éboulis du mont Granier et le même cépage. La différence se joue sur l'exposition, et elle est plus fine qu'on ne le dit.

Les Abymes — le nom s'écrit avec un y — désignent une dénomination géographique de l'AOC Vin de Savoie, en blanc uniquement, sur les communes d'Apremont, Myans, Porte-de-Savoie et Chapareillan.

Le même éboulement, l'autre versant

Comme Apremont, Les Abymes occupent le cône laissé par l'effondrement du mont Granier en 1248. Le nom porte d'ailleurs la trace de l'événement : les « abymes » sont les gouffres et les creux laissés par les blocs.

Le sol est identique — calcaire caillouteux, drainant, pauvre. Ce qui change est la position sur le cône et l'exposition des parcelles, généralement décrites comme un peu moins ouvertes que celles d'Apremont.

Un profil légèrement plus rond

La jacquère y donne un vin de même construction : pâle, sec, tendu. Les descriptions s'accordent sur une rondeur un peu plus marquée et une salinité un peu moins tranchante qu'à Apremont.

Il faut prendre cet écart pour ce qu'il est : une nuance de style, sensible sur des bouteilles comparables, invisible dès qu'on change de producteur ou de millésime. Les deux crus se distinguent moins l'un de l'autre qu'ils ne se distinguent ensemble du reste du vignoble.

Pourquoi les deux noms coexistent

La question revient souvent, et la réponse est historique plutôt qu'œnologique. Les deux communautés villageoises ont revendiqué séparément la reconnaissance de leur cru, sur un terroir que la géologie n'avait pas divisé.

Cette coexistence n'a rien d'exceptionnel dans le vignoble français, mais elle est ici particulièrement lisible, puisque la ligne de partage ne suit aucune limite naturelle.

À table

Le même registre qu'Apremont, avec une marge un peu plus large sur les plats qui demandent de la matière : les fromages à pâte pressée cuite, les poissons en sauce légère, les charcuteries fines.

Sur une fondue, les deux crus font le même travail.

Servez-le entre 9 et 11 °C, à boire dans les deux à trois ans.

Un nom qui raconte l'éboulement

« Abymes » vient des gouffres et des creux laissés par la chute des blocs. L'orthographe avec un y est la forme retenue par le cahier des charges ; on rencontre aussi « Les Abîmes » dans des textes anciens et sur des cartes.

Le village de Myans, inclus dans l'aire, doit sa notoriété locale à la même catastrophe : la tradition rapporte que l'éboulement s'est arrêté à ses portes.

Comment choisir une bouteille

Les mêmes repères qu'à Apremont : privilégier un producteur plutôt qu'une marque de distributeur, viser un millésime récent, et se méfier des prix très bas, qui signalent presque toujours un rendement élevé.

La dénomination étant moins connue qu'Apremont, elle est parfois proposée à un prix inférieur pour une qualité comparable. C'est un des rares arbitrages avantageux du vignoble savoyard.

À quoi tient vraiment la différence

Sur le papier, tout sépare peu Apremont des Abymes : même cépage, même cône d'éboulis, cahiers des charges voisins. Les écarts observés tiennent surtout à trois choses.

L'exposition des parcelles, d'abord, qui varie selon la position sur le cône. Le rendement ensuite, qui pèse plus lourd que le cru. Le producteur enfin, dont le style détermine l'essentiel de ce qu'on trouve dans le verre.

Autrement dit : entre deux bouteilles, l'écart de producteur est presque toujours plus grand que l'écart de cru.