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Lire une étiquette de vin de Savoie
Les étiquettes savoyardes empilent des noms qui ne désignent pas la même chose : une appellation, un cru, un cépage, parfois un lieu-dit. Voici comment les distinguer en quelques secondes.
Une étiquette savoyarde porte souvent trois ou quatre noms propres, et rien n'indique lequel désigne quoi. « Vin de Savoie Apremont », « Roussette de Savoie Marestel », « Chignin-Bergeron » : ces mentions n'ont pas le même statut, et les confondre conduit à acheter autre chose que ce qu'on croit.
Deux appellations régionales, et deux appellations à part
Le vignoble compte deux appellations régionales : Vin de Savoie (ou Savoie) et Roussette de Savoie. Toutes deux ont été reconnues en 1973.
S'y ajoutent deux appellations autonomes, plus anciennes : Seyssel, reconnue en 1942, et Crépy, reconnue en 1948 — cette dernière ayant depuis été intégrée comme dénomination géographique de Vin de Savoie.
La différence pratique : Roussette de Savoie est réservée à un seul cépage, l'altesse, et produit uniquement du blanc. Vin de Savoie couvre les trois couleurs et une large palette de cépages.
La dénomination géographique, ce que l'on appelle un « cru »
Le nom qui suit l'appellation — Apremont, Arbin, Chignin — est une dénomination géographique complémentaire. Elle délimite une aire plus étroite, avec des règles plus strictes : rendement plus bas, souvent un cépage imposé, parfois une seule couleur.
Il en existe seize pour Vin de Savoie : Abymes, Apremont, Arbin, Ayze, Chautagne, Chignin, Chignin-Bergeron, Crépy, Cruet, Jongieux, Marignan, Marin, Montmélian, Ripaille, Saint-Jean-de-la-Porte et Saint-Jeoire-Prieuré.
Et quatre pour Roussette de Savoie : Frangy, Marestel, Monterminod et Monthoux.
Une bouteille portant une de ces mentions est soumise à un cahier des charges plus exigeant qu'une bouteille d'appellation régionale seule. C'est l'information la plus utile de l'étiquette.
Quand le nom du cru impose le cépage
Certaines dénominations ne laissent aucun choix, et c'est ce qui les rend lisibles :
- Apremont, Abymes : blanc, jacquère
- Chignin-Bergeron : blanc, roussanne (dite bergeron)
- Arbin : rouge, mondeuse
- Ayze : blanc et effervescent, gringet largement majoritaire
Sur ces quatre-là, le nom du cru vous dit le cépage sans qu'il soit écrit.
Les confusions les plus fréquentes
Roussette et roussanne. Deux cépages différents, aux noms presque identiques. La roussette est le nom savoyard de l'altesse. La roussanne est un cépage rhodanien, appelé bergeron à Chignin. Les deux donnent des blancs amples ; ils n'ont aucun lien.
« Roussette de Savoie » et « Vin de Savoie Chignin ». La première est une appellation, la seconde une appellation suivie d'un cru. Une Roussette de Savoie est toujours de l'altesse ; un Vin de Savoie Chignin est le plus souvent de la jacquère.
Le nom du village et le nom du cru. Un vin produit à Chignin n'est pas forcément un Chignin-Bergeron : il faut que la mention figure sur l'étiquette et que les règles du cru aient été respectées.
Ce que l'étiquette ne dit pas
Le degré alcoolique renseigne davantage qu'on ne le croit dans cette région. Un blanc savoyard à 11,5 % vol. sera presque toujours un vin de jacquère tendu ; à 13 % vol., vous êtes sur une roussanne ou une altesse mûre.
Le millésime compte aussi plus qu'ailleurs : dans un climat où la maturité n'est pas acquise, l'écart entre deux années voisines est plus large que dans les régions méridionales.
En résumé
Cherchez d'abord l'appellation, puis la dénomination géographique. Si elle est présente, vous savez le cépage dans la plupart des cas, et vous savez que le cahier des charges est plus strict. Le reste — nom du domaine, cuvée, lieu-dit — relève du choix du producteur et ne garantit rien par lui-même.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
Les mentions qui n'engagent à rien
Certaines lignes d'une étiquette ont une valeur réglementaire, d'autres non.
Ont une valeur : l'appellation, la dénomination géographique, le millésime, le degré alcoolique, la mention de mise en bouteille au domaine.
N'en ont aucune par elles-mêmes : le nom de la cuvée, les mentions « vieilles vignes », « sélection », « réserve », « tradition », ainsi que les médailles de concours, dont la valeur dépend entièrement du concours.
Cela ne veut pas dire que ces mentions mentent — une cuvée « vieilles vignes » l'est souvent réellement. Cela veut dire que rien ne les contrôle.
Où trouver l'information utile
Le dos de la bouteille porte souvent plus d'information que la face : cépage, conseils de service, parfois le rendement ou la date de mise en bouteille.
Le nom du producteur est l'information la plus prédictive de toutes, et c'est aussi celle qui demande le plus de travail pour être exploitée. Dans un vignoble où les crus sont petits et les styles très variables, deux bouteilles du même cru peuvent différer plus entre elles que deux crus voisins du même producteur.
Un cas particulier : les effervescents
Ayze et Seyssel produisent des effervescents sous le même nom que leurs vins tranquilles. La distinction se lit dans les mentions « mousseux », « pétillant » ou « méthode traditionnelle ».
Un « Vin de Savoie mousseux » sans dénomination géographique est un effervescent d'appellation régionale, souvent issu de jacquère, et n'a rien à voir avec un Ayze de gringet.
Trois secondes en rayon
Dans l'ordre : l'appellation, la dénomination géographique si elle existe, le millésime. Si la dénomination est l'une des quatre qui imposent un cépage — Apremont, Abymes, Chignin-Bergeron, Arbin — vous savez déjà l'essentiel de ce que vous achetez.