Vins des Allobroges

Cépage

Altesse

L'altesse est le blanc de garde de la Savoie, désignée sur les étiquettes par le nom de roussette. Ample et cireuse, elle vieillit bien mieux que sa réputation ne le laisse croire.

L'altesse est le second cépage blanc de Savoie par la notoriété, très loin derrière la jacquère par la surface. C'est pourtant elle qui porte les blancs que la région met en avant quand elle veut être jugée sur autre chose que sa fraîcheur.

Un nom qui prête à confusion

Sur une étiquette savoyarde, « roussette » ne désigne pas un style ni une couleur : c'est le nom local de l'altesse. L'appellation Roussette de Savoie lui est réservée, et quatre dénominations géographiques peuvent s'y ajouter — Frangy, Marestel, Monterminod et Monthoux.

La confusion vient de ce que « roussanne », cépage différent, se prononce presque pareil et se cultive à quelques kilomètres de là, sous le nom de bergeron. Les deux cépages donnent des blancs amples ; ils n'ont aucun lien.

L'origine de l'altesse est incertaine. Une tradition la fait venir de Chypre au XVᵉ siècle, rapportée par un croisé savoyard ; l'ampélographie moderne n'a pas confirmé cette filiation, et l'hypothèse d'une origine locale reste ouverte.

Un cépage difficile à conduire

L'altesse est sensible à peu près à tout : mildiou, oïdium, excoriose, pourriture grise à l'approche des vendanges. Elle demande des terrains bien exposés, argilo-calcaires ou caillouteux, et une conduite attentive.

Sa surface a beaucoup reculé dans les années 1960 et 1970 avant de remonter. Ce recul explique pourquoi elle reste minoritaire dans un vignoble où elle donne pourtant les vins les plus ambitieux.

Ce qu'elle donne

Jeune, l'altesse est plus large que la jacquère sans être lourde : fruits jaunes, fleurs, une amertume fine en finale qui lui est caractéristique. C'est cette amertume, souvent prise pour un défaut, qui structure le vin.

Avec cinq à dix ans de bouteille, le registre change complètement — cire d'abeille, noisette, miel sec, parfois une note de fruits confits. Peu de blancs français de cette gamme de prix évoluent aussi nettement.

Où la chercher

En Roussette de Savoie, et particulièrement dans les quatre crus qui peuvent adjoindre leur nom. À Seyssel, où elle entre dans les vins tranquilles et, associée à la molette, dans les effervescents.

Elle dépasse aussi les limites de la Savoie : on la cultive dans l'Ain, en Isère, et dans le vignoble suisse romand.

À table

Un registre plus large que la jacquère : volailles à la crème, poissons de rivière, fromages à pâte pressée affinés. Une altesse de dix ans supporte des plats que la Savoie ne produit pas, et c'est souvent avec eux qu'elle se montre le mieux.

Servez-la entre 10 et 12 °C, un peu plus haut sur les millésimes anciens.

Comment la choisir

L'altesse se vend sous deux formes. En Roussette de Savoie sans mention de cru, c'est un vin correct, souvent bu jeune. En Roussette de Savoie suivie de Frangy, Marestel, Monterminod ou Monthoux, le cahier des charges se resserre et la garde devient un vrai sujet.

Marestel, sur les coteaux de Jongieux, est le plus régulièrement cité pour son potentiel de vieillissement. Monterminod, le plus petit des quatre, reste confidentiel.

On la trouve aussi en Seyssel, où elle entre dans les tranquilles et, associée à la molette, dans les effervescents.

Ce qu'il faut lui laisser

L'amertume finale de l'altesse déroute les palais habitués aux blancs ronds. Elle n'est pas un défaut de vinification : c'est la colonne vertébrale du vin, et c'est elle qui lui permet de vieillir.

Sur une bouteille jeune, elle peut sembler dominante. Deux à trois ans suffisent à ce qu'elle se fonde dans la matière, et c'est à ce moment que l'altesse commence à devenir intéressante.

Ne pas la confondre avec la roussanne

La proximité des noms — roussette, roussanne — entretient une confusion permanente. La roussette est l'altesse ; la roussanne est un cépage rhodanien, appelé bergeron sur les coteaux de Chignin.

Les deux donnent des blancs plus amples que la jacquère, ce qui n'aide pas à les distinguer à l'aveugle. L'altesse est plus tendue, plus amère en finale ; la roussanne plus grasse, plus portée sur l'abricot.